En studio, nous sommes comme 2 enfants. 

Charlie Winston et Saule, ça commence à être une longue histoire d’amour. Comment vous êtes-vous rencontré ?

Charlie : C’était en 2009, lors d’une émission radio.

Saule : C’était sur France Inter, il devait y avoir 7 personnes autour de nous. On a assez vite accroché. Quand j’ai écrit « Géant » (ndlr : album sorti en 2012), je me suis tourné vers Charlie pour qu’il le produise. La chanson « Dusty Men » vient d’ailleurs de cet album.

Quand j’ai commencé à travailler sur mon nouvel album (ndlr : sortie prévue début 2020), j’ai réfléchi à ce que je voulais comme ambiance sonore. Lorsqu’on m’a demandé avec qui je voulais travailler, j’ai refait le point sur mes albums précédents. Mon préféré est « Géant », je me suis donc dit que j’allais demander à Charlie s’il était partant pour une nouvelle aventure. Cela a failli ne pas se faire à cause de nos agendas mais finalement, tout s’est ajusté.

 

Écrire un nouvel album, c’est donc toujours prendre du recul, regarder d’où on vient et voir où on veut aller ?

C : Pour moi, en ce qui concerne « Square 1 » et la période qui le précède, un besoin de prendre du recul s’est fait sentir. J’ai eu besoin d’une pause loin de l’industrie musicale pour retrouver ma joie de jouer, ma connexion avec la musique. J’ai beaucoup réfléchi à ce qui m’avait inspiré à mes débuts, les instruments, la musique Indie que j’écoutais quand j’étais adolescent. « Square 1 » est donc un retour aux sources, comme dans l’expression back to square one.

 

Comment s’est passé l’enregistrement de vos derniers albums ? Avez-vous tous les deux le même fonctionnement ?

C : L’enregistrement du dernier album était assez différent des précédents. Je n’avais pas envie d’être la personne qui sait tout et qui dicte aux musiciens de jouer telle ou telle chose. J’avais envie que ce soit la musique qui me dise ce qui allait arriver. Notamment pour ne pas faire comme j’avais toujours fait. Les deux premiers jours, au studio, on jouait chaque morceau du début à la fin. Pourtant, je ne savais pas trop la direction que tout cela prenait. Finalement, on a fait une jam d’une semaine, on jouait pendant des heures et on enregistrait tout. Puis, on réécoutait les bandes et on pointait les passages qui marchaient bien, c’était vraiment la musique qui nous dirigeait. On a fini par développer un langage commun sur lequel reposaient les morceaux. D’un seul coup, tout le monde a compris quelle direction l’album allait prendre.

S : Écrire les morceaux, les paroles et faire les arrangements, c’est beaucoup pour une seule personne. En studio, parfois, tout le monde se retourne vers toi pour savoir quoi faire. Toi, tu ne le sais pas forcément. C’est important de garder sa joie de créer et d’avoir un certain lâcher prise, de pouvoir prendre le recul nécessaire. Ce qui est marrant avec Charlie, en tant que producteur, c’est qu’il passe souvent par une déconstruction des morceaux. Il en garde l’âme mais essaie tout à fait autre chose. Au final, cela donne une combinaison entre ma première version du morceau et une vision totalement différente. C’est cette balance entre les deux qui est géniale.

C : Le truc qu’on a en commun, c’est qu’on est un peu comme des enfants quand on est en studio. J’adore regarder Saule quand il travaille. J’aime être producteur et aider des artistes à trouver leur propre vision.

 

Des artistes engagés

 

Vous êtes tous les deux connus pour être engagés dans différentes causes.

S : Personnellement, je suis surtout impliqué dans la lutte contre la pauvreté en Belgique. Quand j’étais plus jeune, en sortant du conservatoire, j’ai donné des cours de théâtre durant l’été à des enfants issus de milieux sociaux compliqués. Je me suis rendu compte que certains ne mangeaient pas du tout à leur faim. C’est dans notre pays, ce sont des gens qu’on voit tous les jours et on n’imagine pas toujours ce qu’ils traversent au quotidien. J’essaie aussi de sensibiliser mes enfants à l’environnement et à tout ce qu’il se passe pour l’instant.

C : Je me suis un peu impliqué pour l’immigration dans le passé et c’est encore fort important à mes yeux. Quand je rencontre ces gens qui ont dû quitter leurs maisons et leurs pays et qui n’ont nulle part où aller, cela remet tout en perspective. Je me sens reconnaissant et chanceux de la vie que j’ai et j’essaie donc de les aider à ce niveau-là. Mais l’écologie est un sujet qui est très important à mes yeux. Le plastique est ce que je déteste le plus. Saviez-vous que le premier morceau de plastique, créé en 1887, existe toujours ? Et il ne va pas se décomposer de si tôt ! C’est pour ça qu’aujourd’hui, les océans sont remplis de plastique. C’est en train de tout détruire. Aujourd’hui, quand je joue quelque part, j’insiste toujours pour avoir des gourdes en métal, des gobelets réutilisables… J’essaie aussi de sensibiliser les gens sur tout cela. C’est surtout une question d’éducation mais les conséquences sont trop importantes. Il faut faire quelque chose.

 

Si vous deviez donner un conseil pour changer de mode de vie, quel serait-il ?

C : La première chose est d’acheter une bouteille d’eau réutilisable. Les compagnies industrielles essaient de pousser les consommateurs à acheter de l’eau en bouteille en faisant croire qu’elle est meilleure, mais l’eau du robinet est très bonne ! Dans un second temps, il faut essayer de ne plus utiliser de pailles. À la maison, j’essaie aussi de ne plus acheter de jouets en plastique à mes enfants ou alors, de préférer les jouets de seconde main.

S : Chez nous, on trie beaucoup avec les enfants. Ils sont très sensibles à cela. On essaie aussi de ne pas garder trop de jouets. Souvent, l’un d’eux me dit « Papa, est-ce qu’on peut mettre ce jouet dans le sac pour les autres enfants ». Enfin, on discute beaucoup de notre consommation d’eau. On prend des douches plutôt que des bains… Je leur explique que l’eau va surement devenir quelque chose de précieux et qu’il ne faut pas en abuser.

 

Que pensez-vous des jeunes belges qui ont marché pour le climat toute cette année ?

C : Je pense que c’est vraiment cool de voir ces jeunes se soucier de l’écologie. C’est un mouvement qui fait du bien. C’est important aussi de montrer aux politiques que les jeunes s’y intéressent et qu’on ne peut plus faire n’importe quoi.

S : On en parle pas mal à la maison. Les enfants veulent venir avec moi marcher pour le climat. Ils sont peut-être même plus impliqués que notre génération, c’est très impressionnant. À l’école, leurs professeurs prennent le temps d’en parler, d’expliquer la situation, c’est vraiment un gros sujet de discussion. Si les climato-sceptiques avaient eu ce genre de classe, cela aurait certainement changé leur sensibilité envers le climat !

 

Artistes et papas au quotidien

 

Vous avez tous les deux des enfants, qu’aimez-vous faire avec eux ?

C : Comme on vit à la Côte d’Azur, c’est facile car on peut faire des activités en extérieur. On va à la mer, à la montagne, on se promène. Ils sont encore un peu petit (ndlr : 5 ans et 2 ans) donc on ne va pas encore en festival.

S : Ce qui est chouette avec mes enfants, c’est qu’on partage un certain sens de l’humour, on fait souvent les gugus. On adore aussi faire de la musique ensemble. Cela nous arrive de faire des jams à trois. On aime se balader, on va beaucoup au cinéma… J’ai une chouette complicité avec mes enfants. Ils sont venus à LaSemo l’année dernière et ils ont adorés. C’est très familial comme endroit.

 

Que leurs souhaitez-vous, pour le futur ?

S : En ce qui les concerne directement, j’aimerais qu’ils soient heureux et qu’ils s’épanouissent dans ce qu’ils font. Pour le monde qui les entoure, c’est difficile à dire car personne ne sait ce qui va se passer. Je voudrais qu’on sauve ce qu’on peut sauver et qu’ils puissent réussir à vivre dans ce monde.

C : Oui, moi aussi. J’espère qu’ils pourront voir et apprécier les animaux et les plantes avec lesquels nous avons pu grandir. C’est pour ça que je voulais les emmener voyager. J’aimerais qu’ils puissent voir des animaux comme des tigres, avant qu’ils ne disparaissent.

 

Il parait que vous aimiez cuisiner. Est-ce que vous faites souvent à manger à la maison ?

C : J’adore cuisiner mais je ne le fais pas autant que je le voudrais. Je trouve cela toujours très relaxant.

S : Charlie est un bon cuisinier. Je me souviens avoir mangé chez lui, c’était super bon. Je pense qu’il y a un lien très fort entre la cuisine et la musique. On prend ce qu’on trouve dans le frigo et on essaie de mixer tout ensemble pour en tirer quelque chose. L’avantage de la musique, c’est qu’on peut toujours ajuster les choses. Avec la cuisine, si cela ne marche pas, il faut tout recommencer…

Pour finir, voici les petits conseils culinaires de Charlie et Saule :

En vadrouille en Angleterre, n’oublie pas de goûter un des plats préférés de Charlie Winston. Au choix : Fish Pie, sorte de hachis parmentier de poissons et légumes ou Cornish Pasties, petite tourte ressemblant à une gosette, sucrée ou salée. Si tu es d’humeur moins aventureuse, il valide aussi l’English Breakfast, toujours bon à savoir.

Pour Saule, sa Madeleine de Proust aurait plutôt la forme d’une boule de riz à la bolognèse, les Arancini de la famille. En Belgique, il opterait plutôt pour un bon vieux stoemp avec beaucoup de légumes.

As-tu hâte de les voir sur scène à LaSemo ? Car nous, on attend que ça ! 

Facebook Comments